dimanche 2 avril 2017

Nom de nom/poème du père


Aujourd'hui j'ai écrit cinquante fois
le nom de mon père.
Au crayon à papier.
Et ajouter la lettre S et un point.
Et aussi un trait souple sous le nom
pour l'envol.
Le souffle.
De l'envol.
Aujourd'hui 50 fois.
Ecrire sa présence
dans la naissance d'un livre et d'un nom.
Monsieur Germinal.
Mais aussi - sans l'écrire -
le prénom d'enfance
porté en secret
et que son petit-fils a donné
à son fils
sans savoir.
Ainsi la lettre G.
Ainsi le nom du nom.

mardi 28 mars 2017

petits points brillants sur le ciment

Me font penser, dis-je.
Et disant, me réveillant aux mots, à la langue, son silence et son vacarme.
Surtout face aux petits points silencieux qui brillaient sur le ciment.
Le soleil lui aussi.
Comme autant de petits pas pressés sur la route des migrants.
Ou dans le calcaire de la grotte Chauvet petits pieds d'enfant.
Ou dans le poème de Claire Krähenbühl  
les trous des petites chaussures
dans la neige.

Chaque fois que pas le temps, le poème vient.
Pressant.
Aux mains comme aux tempes, frayant un chemin délaissé.
Et Bosseigne, là bas, occupé au réel des haies et de l'herbe,
pas le temps.

Et nous, ai-je murmuré face au déhors, aux laissées brillantes des escargots,
nous perdons notre temps.
Et les points brodés rejoignent les points brillants de bave.
Pour un moment la migration a ralenti.
Le tourment aussi, de partir sans retour.
Et sur le jardin, à me demander qui le jardinera un jour,
n'est plus question.

Suivre seulement les points.
Comme celui de tige ou de grébiche ou d'amitié.
Et pour Bosseigne, rajouter, basta.

lundi 27 mars 2017

La mer des Sargasses, un seul pain à la fois

Revenons à la mer des Sargasses, dit Bosseigne.
La jungle herbeuse, la mer de varechs?
Celle-là même, répondit-il en avalant sa énième tasse de café mexicain.
Encore un portugais, ai-je soupiré. Diogo de Teiva en 1452.
?
C'est wiki qui le dit. Le mot jungle en afghan, m'a expliqué un jeune garçon, veut dire bois. C'est là que nous nous cachons, a-t-il poursuivi. Dormant le jour, vivant la nuit.
Et notre dialogue s'est arrêté là.


Il y  a des jours où.
A-t-il repris un peu plus loin.
Revenu dans la cuisine griller du pain.
Je me demande pourquoi tu n'en cuis qu'un à la fois.
C'est comme la mer des Sargasses, on s'y perd.
À cause des algues?
Non, des anguilles plutôt. Ce que je me sens devenir en t'écoutant.
Humide de larmes.

Bossseigne laisse tomber quelque chose. De lourd. Qui remplit de bruit la conversation.
Pour ne pas entendre mon silence désapprobateur, comme disent les écrivains quand ils ne parlent à personne.
Je répète que tu devrais épargner la planète! 
En ne cuisant qu'un pain à la fois, tu.

Je pourrais tenter une explication. Mon parent est un homme sensible. Un fin lecteur. Un proche enfin. Quelqu'un en qui on peut avoir confiance. Mais là. Jungle vient du sanskrit et en hindoustani de jangal qui désigne un espace naturel sauvage. Ce qui n'explique rien. Ou plutôt ne dit rien des conditions dans lesquelles vivent les habitants de la jungle.


La consommation d'énergie est liée au nucléaire.
Je vais tenter de sortir des mots hors de ma bouche. Mais.
À la place, larmes obstruant le regard. Pourtant, au dehors, le printemps aligne ses rayures sur le toit.
Me sens ridicule. Qui prête à rire. Je ne prête rien. J'essaie de fabriquer du réel. 
Le pain, c'est quotidien. Les chrétiens l'ont mis dans leurs prières.
Et moi, dans le four, un seul pain par jour.

Tu lis trop ce type qui écrit sur la Bible.
Frédéric Boyer? Il a aussi écrit sur l'amour et le Kama Soutra, il l'a retraduit.
Tu es sûre?
Non. Mais un ami me l'a raconté. Je l'ai cru.
Un pain, soupire encore Bosseigne.
Un à la fois, oui.

Je ne peux en dire plus.
Je reviens vers le mot jungle.
L'odeur d'un seul pain dans un bois cuisant la nuit.
Et dans le fossé, des afghans qui ne dorment pas.
Mais non.
Nous sommes, mon parent et moi, sur la terrasse.
Et j'ai du mal à expliquer comment cuire un seul pain à la fois est aussi miraculeux qu'en cuire deux.
Et la planète?
Pour l'instant, juste une mer sans rivages, une jungle herbeuse.
Avec un enfant assis dans la lumière de la langue.
Et devant lui, un pain.
C'est tout, Bosseigne, pour ce jour.

samedi 25 mars 2017

Du 6 au 7 avril 2017 à Valenciennes poètes dans la cité



Le cahier allant vers et la Société de St-Vincent-de Paul
présentent leur festival 2017
« POETES DANS LA CITE »

Soirée du Cahier :
Jeudi 6 avril, Rozsa T. nous ouvre sa maison, 61 Avenue de Liège à 20h00
Lecture et présentation de quelques œuvres de Sylvie Durbec puis scène ouverte sur le thème : « Quartiers, Cités » et d’une auberge espagnole

Soirée Rad’Art :
Vendredi 7 avril 2017 à 18h00, Bibliothèque de Valenciennes, Sylvie Durbec présente une œuvre originale.

Exposition TERRAKU :
Samedi 8 avril 11h00, Vernissage, L’Odyssée, Chasse Royale Valenciennes
Exposition du 9 au 15 avril 2017,
Atelier du Mercredi SSVP Ste-Thérèse/Sacré Cœur
Animatrice Catherine Brun/ Un petit brin de terre

Atelier « Cartes de voyages »
Samedi 8 avril de 14h00 à 16h00, 325 avenue Dampierre, Valenciennes,
Animé par Sylvie Durbec

« Poètes dans la Cité » sur le thème « Voix de femmes »
Dimanche 9 avril 2017, de 15h à 18h à L’Odyssée, Chasse Royale Valenciennes
·            15h/16h : Lecture de Sylvie Durbec « La huppe de Virginia », Editions Jacques Brémond, échange avec le public.
·            16h/17h : Spectacle poésie/musique « Demain, je relève mes cheveux » de Chantal Lammertyn avec Hervé Leroy, Christine Kokelaere, Muriel Verstichel
·            17h/17h30 : Pot de l’amitié


broderie SD

mardi 21 mars 2017

Guérir son mal avec une rame et la couleur de la mer

La pelle sur l'épaule, il faut donc repartir en quête de la patrie portative? demanda Bosseigne.

Et la langue?

Elle te suivra, ou te précédera, lui répondit la chouette blanche, perchée sur un cyprès. Jusqu'à ce que des gens de rencontre te demandent ce qu'est cette rame sur ton épaule brillante. Et tu sauras que tu es arrivé chez ceux qui n'ont jamais vu la mer, ni un bateau, encore moins une rame et là, tu sauras que tu peux revenir. Et ainsi guérir ton mal.

Marseille. Heimweh. Mal des Suisses. Patrie portative. La lecture de Barbara Cassin ouvre une fenêtre et me donne une rame.

Suffisante pour aujourd'hui?

Nous aurons toujours un mal en nous. Définitif.

Et nous lui donnerons aujourd'hui ce nom: mal des Suisses et ce sera suffisant.

Ensuite le jardin, les odeurs, les bruits vivants des hommes.

Oui, Bosseigne, ce sera assez pour tenir droite. Malgré genoux, malgré oeil coulant, malgré. Oui.

dessin SD

lundi 20 mars 2017

Exils, mer et sable, refuges, saints en tous genres.

Un premier refuge, le livre.
Son titre, Fin du tourment.
Le deuxième, c'est la mer.
Du Nord comme du Sud.
Qui donne cette respiration soufflée.
Les joues rougies.
Les mains fraîches dans les poches.
Un certain oubli de soi.
L'évêque des poissons

Refuges aussi dans les bois autour de la ville.
On dit que dans les fossés des jeunes hommes se cachent.
Vivant la nuit, dormant le jour.
Un peu comme des travailleurs nocturnes.
Mais eux, sans travail. Sans papiers.
Avec un horizon qui ne se dit pas en français.
Sans langue.
Venus de si loin que c'en est.
Sans mots.

On me donne les noms de leurs pays.
Je les écris sur un carnet.
Je voudrais dessiner leurs voyages.
Afghanistan, Soudan, Albanie.
Visages de garçons, jeunes et déjà.
Travaillés de lignes.
Une maison perdue.
À retrouver.

Revenue dans la mienne. Où tout est en place.
Vivre et continuer. Ni simple, ni difficile.

Je note la présence d'un saint au nom de broderie flamande, saint Erkambode et reprends la route. J'y ajoute des pieds nus, ceux des marcheurs de force et des enfants perdus, deux initiales aussi, H.D., une femme poète, dont Ezra avait cru bon de réduire son nom aux initiales, quatre jeunes garçons bouchers dans le train pour un poème de la viande, lessives aussi à faire au retour, broderies pour Patti Smith, ma grande vivante, trois pierres ramassées sur la plage, et quelques lignes bien rouges pour poursuivre à la course lente, les amis poètes. Il y a les ameisen et les autres. Je fais partie comme Hilda Doolittle des petites bêtes qui observent ceux qui écrivent les CANTOS.

Et prie mon saint au beau nom de me donner encore des pieds et des jambes pour arpenter la poésie.
Car sa terre est vaste. Et pour la dévaliser, il faut des forces. Alors, mangeons et buvons à sa santé!




jeudi 2 mars 2017

Ce qui manque (quelqu'un) reste invisible ( relisant PInget)

Relisant Pinget.
À débrouiller l'écheveau qui permet de retrouver le papier manquant sur la table. Retraçant allers et venues paroles et rencontres.
Sous un marronnier.
On se demande.
Pourquoi on se sent si étonné devant.
La merveille d'un printemps, ses fleurs, son recommencement.
Et puis vient le doute désabusé.. À force de suivre le calendrier.
Tous les ans ça recommence. Alors.


Relisant Pinget puis.
Un poète. Cédric Le Penven. S'étonnant devant la naissance de son fils.
Disant et redisant son étonnement. D'être père. D'avoir un fils.
D'être malgré soi encore un fils.
On pressent qu'il y a là. Une vraie nécessité. Dire l'étonnement. Être saisi.
Revenant à Pinget.
Quelqu'un d'invisible.
À la trace on suit du doigt sur la page son errance à la recherche du papier perdu. Le seul qui permettrait de. Enfin. Croit-il.
Exactement comme le fauteuil pour Bosseigne.
On se souvient combien la recherche du fauteuil importait davantage que le retrouver.
Ce qui manque.
Une fois récupéré, on peut continuer, croit-on. Son travail, sa journée, la vie. Et puis non. Parce qu'on ne retrouve jamais le papier perdu. Parti, envolé, glissé dans l'égout, parti pour de bon.
On se met à la recherche des coupables.
Gens épris d'ordre que n'embarrasse aucune hésitation sur la conduite à tenir devant une table encombrée de papiers de toute sorte.
Un animal curieux et voleur.
Le vent.
On ne sait qui accuser de cette perte irréparable.
De ce qui reste.

Et le printemps qui étonne.
Et l'étonnement devant les fleurs qui retombent en neige sur l'herbe verte et drue.
Faisant sur les cheveux une neige légère.
À se demander comment il se fait qu'à cet âge, le nôtre, on puisse encore s'étonner d'un tel événement saisonnier. D'un tel retour.
Et la nuit, les yeux grands ouverts sur la fenêtre vide, se demander encore.
Comment il se fait que tout recommence, sauf notre jeunesse.
Pourtant, justement la nuit, le printemps ressemble encore à l'hiver. Il a même gelé ce matin.
On se croit encore au bord.
C'est ce qu'on aime dans l'hiver. Les branches sans feuilles. Le ciel froid étoilé.
Comme si tout allait recommencer de nos espoirs, de nos rêves.
Comme si nous pouvions y croire.
Comme s'il suffisait de vivre assez fort pour faire reculer la.
Celle qu'on ne veut pas nommer de peur de la voir arriver, comme dans les cartes le neuf de pique retourné.
Mort.

Nous sommes si jeunes dans nos nuits et nos étonnements.
Jusqu'à nos colères, indignations, révoltes.
Notre étonnement est la preuve que nous ne.

Relisant Pinget. Vies étroites qu'un voisinage agace, qu'un papier manquant affole. Sous un arbre, une chaise. Puis deux. Une verte, une rouge. Les détails ont leur importance.

Il nous vient certains soirs, à cause d'un ciel exaltant de pureté froide, d'un verre de vin, de sourires, de musique, l'idée que nous aussi, comme la nature, nous allons renaître et enfin écrire l'oeuvre que nous avons portée toute notre vie. Comme si nous étions un arbre en fleurs porteur de toutes les espérances.

Et puis on monte se coucher, le miroir qui nous fait face est sans pitié. Ou plutôt reflète l'état exact de notre personne. Rides, cheveux, tout contredit notre enthousiasme printanier.  On ne cherche plus le papier manquant car c'est le fait de manquer qui tout d'un coup fait du papier un objet intéressant. Ce que nous montre le miroir, ce sont des choses qui sont là, devant nos yeux. Rien ne manque. Ou plutôt ce qui manque est invisible.

Comme le papier que cherchait le narrateur dans le roman de Pinget.
Invisible.